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Mardi 3 avril 2007

28 septembre 1997.  

Amélie Poulain s'envole sur une mobylette le 28 septembre 1997 pour clore le récit de sa vie d’antan ... C’est du moins ce que nous dit une voix off magnifique dont le propriétaire vit à quelques dizaines de mètres de chez moi. On nous donne, en bon voyageur naturaliste rigoureux, en méticuleux aventurier des jungles urbaines, des données atmosphériques, thermiques et barométriques sur le bon air de la capitale. Amélie nous quitte sur un discours digne de Humboldt, de La Pérouse  ou de Théodore Monod…

 Le 28 septembre 1997… 

 

 

  Je ne sais pas et ne saurai peut-être jamais ce que signifie cette date pour le réalisateur. A cette date-là, j'étais dans l'océan Indien avec la Belle, sur une petite île en forme d'hippocampe, l’île de la Lune selon les navigateurs arabes qui venaient y faire des razzias quotidiennes.  Un petit caillou d’un archipel qui déchaîne les passions journalistiques en période d’élections parce qu’il y a là-bas plus de reconduites à la frontière que partout ailleurs en France… Des reconduites à la frontière…

  De quelle frontière parle-t-on ? D’une frontière de paperasses entre le gâchis et la misère ? Entre les wazungus et les clandestins ?

 De celle qui s’étire, infranchissable, pleine d’épines et de ronces saignantes entre les souvenirs et le présent ?

 Le 28 septembre 1997, c'était 2 mois après la signature d'un contrat étrange devant un dieu - que j’ignore et dont je me moque un brin pour tout dire - entre une belle petite catho qui ne voulait pas se marier avec un quidam et un petit crétin gauchiste qui se déguisait en pingouin pour - pensait-il - faire rire les copains. Peut-être la belle y croit-elle à ce dieu punaisé sur deux morceaux de balsa. Mais, comme je lui ai dit un jour de méchante humeur, si elle y croit, elle n’en a pas peur… Moi, déjà, j’avais peur de tout. Pour elle.

 C’est stupide de n’avoir peur de rien pour soi et de ne trembler que pour les autres.

 C’est Monsieur Char, je crois, qui disait qu’être amoureux c’est être toujours inquiet pour l’autre. Il n’a pas tort, Totor Chachar.

 Amélie s’envolait avec son petit ami nouvellement conquis le 28 septembre 1997. Pourquoi le cinéma nous fait-il parfois un tel… cinéma ? Le 28 septembre 1997, j’avais exactement 29 ans et 2 mois. La Belle avait exactement 30 ans, 2 mois et 1 jour. Le contrat avait été signé 2 mois et 2 jours avant… C’est étrange les raccourcis stupides que nous font faire parfois les mathématiques. Des raccourcis sans aucun intérêt, sans aucune valeur. Des petits chiffres auxquels personne ne prend garde. Des petits cailloux que tout le monde piétine. Des petits cailloux . Des petits calculs même pas savants. Tout juste signifiants pour un crétin gauchiste qui geint devant le plan final d’Amélie Poulain… Ah, les petits chiffres, les grands nombres, le nombre d’or et les mathématiques ! Que du vent !

 Je préfère la climatologie. Science inexacte par excellence. Celle des voyageurs naturalistes qui notent dans leurs petits carnets détrempés la température qu’il fait, le degré hygrométrique, la pression atmosphérique, la direction du vent, le nom des libellules et la couleur du ciel.

 Dans mon carnet de voyage, le ciel a toujours la couleur des yeux de la Belle. 

par ESIMSKI publié dans : passer les souvenirs au vitriol
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